Une maison d’édition

roulotte site Les éditions La Clavière sont nées en 2011.

Foncièrement et à maints égards c’est une histoire amoureuse. Les histoires amoureuses, pour durer un peu dans l’élan et la fraicheur des origines n’ont rien à faire d’en écorner le mystère, des origines.

Qu’on ne nous demande donc pas pourquoi nous nous sommes lancés dans une telle lubie, au fond nous n’en savons que des prétextes. Quel est notre projet ? Là c’est plus clair, nous n’en avons pas. Pas de projet mais une nécessité ; elle nous vient du côté de ce désir mâtiné de gratitude qui ne fait que croitre quand on paye ses dettes.

Ce que nous pouvons dire par contre c’est que, dans ce sens-là, d’amoureux, nous sommes résolument et à tous les étages des amateurs. Dans ce petit rafiot aujourd’hui quasiment invisible personne ne gagne un kopek ni de pognon ni de gloriole. Amateurs, donc, lecteurs amoureux, sans doute essayons nous de publier les livres qui nous manquent, car ce sont des livres que nous publions et non pas des Auteurs, encore moins des Poètes.

Nos deux premiers : Sagittaire considérable et Le chaînon excessif (aujourd’hui réédités en un seul intitulé du dimanche) sont des livres diapason qui donnent la teneur de notre engagement et pas seulement éditorial. Pour éviter les bavardages, le plus simple est bien d’aller y piocher quelques phrases.

Car c’est inachevé un livre. C’est une voix sans timbre, pas même un bruit, une dessiccation inerte et froide, stérile ; de la pâte sèche, des enfilades mutiques d’empreintes infligées à de la pâte sèche. Que cette inanité toutefois pénètre dans l’épaisseur cytoplasmique d’un lecteur consentant, alors là, elle enrôle sa substance, ses humeurs, sa mémoire et c’est, de la vie, dans la vie, une forme inédite qui entre en fermentation ; inédite, profuse, menue, suave et âpre et luxuriante, aride et terrifiante, violente et douce, délicieuse, sublime, maléfique, rétive aux évidences, séditieuse à l’ordre des choses, contre nature ; humaine, exclusivement. Avec sa chair singulière, les émois, l’entendement, les troubles, les images qui y sont imprimées, c’est le lecteur qui reprend le licol, qui poursuit le travail, qui accomplit le livre, qui le métabolise en surcroît de désirs, en regain de santé, en surplus d’existence,                        Le chaînon excessif.

Dans le désordre du désir, nous souhaitons publier des livres qui savent l’allumer mais ne couchent pas pour autant dès le premier soir et même qui prennent tout leur temps avant de s’offrir. Des livres à relire.

par contre, qu’un livre vous tînt jusqu’au bout avec le contrariant scrupule de ne pas tout capter, voire de ne pas piper grand-chose, de sentir l’essentiel vous effleurer, vous mordre et faire savonnette dans vos grossières paluches, et que vous le refermassiez dans la contrariété d’un mystère épaissi, alors, peut-être avez-vous maille à partir avec un livre auquel vous êtes nécessaire, un livre qui requiert un lecteur afin qu’il le débusque et s’en éprenne, le conquière et ce faisant l’achève ; un livre à relire quoi, un livre à haute virulence existentielle. Il se peut même qu’après lecture et relecture, des obscurités persistent, répulsions acides, envoûtements opaques, énigmes lithiques ; il est rare qu’à piocher dans le reste de l’œuvre à laquelle il participe on ne découvre quelques racines qui, à les mâcher, révèlent leur efficience médicinale ; et puis, rien ne réprouve que l’on sollicitât son prochain, d’autres lecteurs, d’autres vivants, d’autres collègues enrôlés dans le même chapitre, attelés à la même besogne ; c’est bien le diable si quelques-uns, dans leur expédition, n’ont pas ouvert des galeries sous-jacentes où ruissellent les clartés qui vous manquent.               Le chaînon excessif.

Nous publions des livres d’écriture. On écrit des lettres, on écrit également des icônes, aussi avons-nous deux collections : L’Égoutier, écriture littéraire et L’Angelier, écriture graphique ou les deux conjuguées. Nous ne publions pas de poésie, enfin rien qui se revendique comme tel, qui se pose comme participant d’une essence que l’on peut ainsi qualifier. Par contre, il nous semble que la plupart des textes que nous publions sont de fait des poèmes.

On remarquera que le nom de l’auteur ne figure pas sur nos premières de couverture, c’est une singularité à laquelle nous tenons : pas de nom d’auteur en vitrine. C’est le livre qui importe et qui parle au lecteur et si l’on veut savoir à quel écrivain on le doit on l’apprendra à la fin, dans le colophon, avec le nom de l’imprimeur.

Si l’auteur subsiste dans le livre, ce ne peut être que sous les espèces du livre : des signes sur de la pâte sèche, un nom, le fil d’un nom, pour qui souhaite suivre la trace, le sceau d’un nom posé au fil du temps sur des livres qui s’agrègent, et peut-être cristalliseront, et une œuvre adviendra qui parlera d’elle-même, n’en finira plus de parler. Passé le temps de l’écriture l’auteur n’est qu’une fiction, pieuse et didactique pour professeurs légistes, ou mondaine, afin de parader dans les comices littéraires, de pérorer sur les ondes, raison sociale afin de revendiquer tous les droits éponymes, postuler à des résidences, des bourses d’écriture ; statut certifié d’acteur culturel pour faire valoir ce que de droit. De nature l’auteur est mort, il n’est pas exhibable, pas ostensible, pas interviewable. Je tiens en grande estime parmi les écrivains, ceux qui se savent des auteurs morts, se veulent des lecteurs vivants et épousent le sort commun des particuliers de leurs temps.                                     Le chaînon excessif.

Une dernière chose peut-être. Dans la collection L’Égoutier nos livres sont accompagnés de l’enregistrement sonore de la totalité du texte. Nous publions un ou deux livres par an que nous tirons à une centaine d’exemplaires, par principe nous n’engraissons pas les banques et ne sollicitons aucune subvention, chaque livre est donc financé par la vente du précédent. Nous distribuons essentiellement par voie contagieuse.


La Clavière est une maison d’édition associative.

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